CONTRE LA LUTTE IDENTITAIRE – Entretien avec Georges Corm (extrait de Tingis)

Sélim Smaoui

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Avant-propos

L’entretien suivant est extrait de la revue Tingis, revue en ligne spécialisée dans l’étude du Moyen-Orient et du monde turco-iranien, publiée par des étudiants du Premier cycle Moyen-Orient Méditerranée de l’IEP de Paris à Menton.

La revue Tingis, lancée et dirigée par Sélim Smaoui en 2006-2007, étudiant au Premier cycle de Menton (actuellement en deuxième année du Master recherche Politique comparée, spécialité Monde musulman de l’IEP de Paris), se proposait de recueillir des entretiens avec des chercheurs, doctorants ou experts de la région et ainsi de présenter des synthèses à mi-chemin entre la vulgarisation et la recherche académique. Ayant été lancée dans le cadre d’un projet collectif de l’IEP de Paris, le départ à l’étranger de la majorité des étudiants impliqués y a mis fin prématurément.

* * *

L’affaire des caricatures de Mahomet fut la manifestation symptomatique, non moins lourde de sens, d’une grande crise de représentation. A coups de replis essentialistes furent érigés, de par et d’autres de la méditerranée, les bannières de nos « identités primordiales ». A l’argument de l’intolérance fut rétorqué, en effet, celui de la liberté d’expression. A l’image sacré du Prophète celui de la laïcité. La conclusion ne s’est pas faite attendre : Nous assistions selon les commentateurs aux prémisses du « choc des civilisations » tant attendu.

Plus généralement, ce nivellement par le bas du discours auquel chacun a jugé bon de participer en apportant son opinion, n’a fait que refléter et renforcer la construction de la « fracture imaginaire », esquissée par Georges Corm. Face à une scène internationale désormais « mondialisée » et « globalisée » où dominent les discours universalisant, on observe en répulsion une affirmation croissante des spécificités identitaires. JeanFrançois Bayart avait longuement démêlé les fils que tissaient les discours identitaires en soulignant l’inanité du concept même « d’identité ». En effet, soulignaitil, plutôt que de claquemurer les sociétés dans une identité irréductible, il convient d’insister sur les tactiques identitaires ainsi que sur l’hétérogénéité culturelle des sociétés politiques dont on traite. Insister sur les effets d’hybridations entre « genres autochtones et genres importés » ; ainsi que sur l’instrumentalisation politique que l’on peut faire d’une énonciation identitaire à un moment donné nous mène à refuser toute tentation de superposer une identité culturelle à une identité politique.

A l’évidence, l’identité culturelle est plus que jamais un fond de commerce du politique. Si elle n’est en aucun cas une cause explicative des comportements politiques, son instrumentalisation discursive est créatrice d’un imaginaire politique qui explique à bien des égards les crises de représentation actuelles. Dans son ouvrage « Orient-Occident, la fracture imaginaire », Georges Corm essaie de déconstruire ces représentations. En analysant les interactions culturelles et politiques et en optant pour une démarche dialectique, l’auteur tente de mettre à mal toutes les explications essentialistes avancées avec aplomb par ce qu’il nomme luimême les préjugés anthropologiques. Nous avons essayé, à travers cet entretien, de revenir sur différents points abordés par l’auteur à ce sujet.(…)

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